Les Tarots

Historique

Une prise de conscience historique

L

oin de nous de vouloir faire, dès l'introduction, une leçon d'histoire sur le Tarot. Ce qui sera dit  est juste nécessaire pour comprendre certains éléments de base qui le structurent.

 

Présentement, il existe des centaines de jeux de Tarot dans le monde, mais dans les faits, les cartes apparaissent officiellement au Moyen-âge. Les plus anciens Tarots connus sont italiens et datent de 1450 environ. Ces Tarots dits de cour valaient très chers.

 

 

Les premiers édits contre les jeux de cartes datent du XIVe siècle. Avant ?... Certains auteurs pensent que le Tarot viendrait de l'Égypte ancienne. Et pourquoi pas ? Et bien non… c'est impossible, tout simplement parce que les concepts dessinés sur certaines cartes datent tout au plus du XIIe siècle.

 

Observons en exemple, l’Arcane-Sans-Nom :

Nous y voyons un squelette. Ce n'est qu'à partir du XIIe que la mort squelettique à cheval avec une épée ou tenant une faux dans ses mains fait officiellement son apparition.

 

Sa naissance suit le chemin des Croisades. Beaucoup de personnes sont mortes en voulant libérer le tombeau du Christ. Des chevaliers de renom, des nobles de haut lignage, des personnages prestigieux ont eu leur sang mêlé au sable du désert. Mais, de par la tradition, il fallait ramener leurs restes sur la terre de leurs ancêtres pour qu'ils reposent en paix… 

Or les savants de l'époque n'avaient pas encore inventé le congélateur. La seule manière connue était de saler le mort. Mais sur un si long parcours, entre Jérusalem et son lieu de naissance, des milliers de kilomètres séparaient le mort de son lieu de repos et le corps finissait toujours par pourrir et se décomposer. On décida donc de faire bouillir le cadavre et de récupérer les os. Ces os devinrent le symbole de l'immortalité et c’est ainsi que le squelette acquit ses lettres de noblesse. Le siècle suivant vit se répandre comme une traînée de poudre les grandes épidémies. L'Europe découvrit l'horreur de la peste noire ; les corps qui se décharnent, le deuil des disparus : la mort perdit sa sainteté. Le mythe de la grande faucheuse était né !

 

De toute évidence, les dessins respirent l'air du Moyen-âge. Regardez un jeu de Tarot. Il comprend 78 cartes qui se partagent en deux catégories : 22 majeures et 56 mineures. Au stade de notre échange, nous sommes en droit de nous demander : Pourquoi 22 arcanes majeurs ?... D'autant plus que la notion 22 est fort ancienne. Les géomètres grecs utilisaient pour dessiner un cercle, à la place de p (3,14), la fraction 22/7 et 22 est le nombre de lettres des alphabets numéraux, tels l'Hébreux, le Carthaginois et le Phénicien. On pourrait en conclure que le jeu de Tarot est fort ancien... Et bien non ! 22/7 n'est qu'une fraction pratique pour mesurer ou construire un cercle. Il n'y a rien de mystérieux à cela. Les architectes du Moyen-âge bâtissaient des cathédrales en dessinant géométriquement des cercles, des carrés, des triangles, etc., tout en mettant en évidence les nombres christiques issus de la culture grecque et de la culture juive. Il est donc normal de retrouver des concepts juifs, grecs et chrétiens dans les cartes de Tarot. Ce n'est pas une raison pour faire remonter le Tarot à Mathusalem !

 

Pourtant, il existe des personnes sérieuses qui se plaisent à faire remonter le Tarot à l'Antiquité. Prenons en exemple la légende Égyptienne. Elle fut professée pour la première fois par le très honorable et respectable Antoine Court de Gébelin que la postérité des bien-pensants s'est amusée à ridiculiser. C'était un linguiste et un grammairien remarquable, très respecté par les penseurs de son temps comme Voltaire, les encyclopédistes Diderot et d'Alembert, par le savant Franklin, et le roi Louis XVI qui lui avaient donné une charge : Censeur Royal. Dans son livre, Monde primitif, analysé et comparé avec le monde moderne, il souleva l'hypothèse que le jeu de Tarot serait un livre sacré échappé de la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie.

 

Voici ce qu'il dit dans le 8e volume de son œuvre à la page 365 :

 

 

Du jeu des tarots, où l'on traite de Ion origine, où on explique Ies allégories, & où l'on fait voir qu'il eIt la source de nos cartes modernes à jouer, &c. &c.

 

1.

SurpriIe que cauIerait la découverte d'un livre Egyptien.

 

Si l'on entendoit annoncer qu'il exifte encore de nos jours un ouvrage des anciens Egyptiens, un de leur livres échappé aux flammes qui dévorerent leurs fuperbes bibliothèques, & qui contient leur doctrine la plus pure fur des objets intéreffans, chacun fertoit, fans doute, empreffé de connoître un livre auffi précieux, auffi extraordinaire. Si on ajoutoit que ce livre eft très répandu dans une grande partie de l'Europe, que depuis nombre de fiècles il y eft entre les mains de tout le monde, la furprise iroit certainement en croiffant : ne feroit-elle pas à fon comble, fi l'on affuroit qu'on n'a jamais foupçonné qu'il fut Egyptien, qu'on le poffède comme ne le poffédant point, que perfonne n'a jamais cherché à en déchiffrer une feuille ; que le fruit d'une fageffe exquife eft regardé comme un amas de figures extravagantes qui ne fignifient rien par elles-même ? Ne croiroit-on pas qu'on veut s'amufer, fe jouer de la crédulité de fes auditeurs ?

 

2.

Ce livre Egyptien exiIte.

 

Le fait eft cependant très vrai : ce livre Égyptien, feul refle de leurs fuperbes bibliothèques, exifte de nos jours ; il eft même fi commun, qu'aucun favant n'a daigné s'en occuper, perfonne avant nous n'ayant jamais foupçonné fon illustre origine. Ce livre eft composé de LXXVII feuillets ou tableaux, même de LXXVIII, divifés en V claffes, qui offrent chacune des objets auffi variés qu'amufant & instructifs : ce livre eft, en un mot, le JEU DES TAROTS, jeu inconnu, il eft vrai, à Paris, mais très connu en Italie, en Allemagne, même en Provence, & auffi bizarre par les figures qu'offre chacune de fes cartes, que par leur multitude.

 

 

 

L’objet du débat : une hypothèse – l’Égypte – qui vaut toutes les hypothèses modernes qui veulent que les cartes viennent de la Chine, de l’Inde, de l’Iran, des arabes, etc. Quand à l’aspect divinatoire, le plus drôle, ce n’est pas lui qui en a élaboré le thème : ce fut le comte de Mellet. Certes, en lui donnant la parole dans son livre, il le cautionne. En fait, l'utilisation du Tarot pour lire l'avenir, revient plus à des personnages comme le perruquier Alliette, alias Etteilla qui, en 1781, lança réellement la mode de la divination par le Tarot.

 

Revenons au XIIe siècle, période charnière entre l’Antiquité et le monde moderne. Par les grandes invasions mongoles et arabes, l’Europe s’ouvre à toutes les cultures de l’époque. On peut dire que l’Europe devient le carrefour de toutes les cultures du monde connu d’alors, allant de l’Orient à l’Occident, du soleil levant au soleil couchant, mais aussi du nord au sud, sans oublier la culture celte. Ce n’est ni le lieu ni l’endroit d’en exposer l’épopée mais on peut souligner qu’il existe un peuple qui en assura la synthèse, ou du moins, en permit la transmission dans toutes les langues : les fameux traducteurs hébreux. Rappelons que l'intérêt de l’Occident religieux délaisse l’Ancien Testament en faveur du Nouveau Testament et, de fait, les connaissances juives deviennent le combustible de la recherche spirituelle de l’époque.

 

Quoi de plus normal que de retrouver 

des personnages religieux tels que 

les anges et le diable…

… ou les symboles 

des 4 évangélistes qui sont :

             l'ange (Saint-Mathieu), 

             l'aigle (Saint-Jean), 

             le lion (Saint-Marc) 

             le bœuf (Saint-Luc)...

 

Voire même, des concepts de l’Ancien Testament : « Dieu fit les deux grands luminaires, le plus grand luminaire pour présider au jour, et le plus petit pour présider à la nuit ; il fit aussi les étoiles. Dieu les plaça dans l’étendue du ciel, pour éclairer la terre, pour présider au jour et à la nuit et pour séparer la lumière des ténèbres. Dieu vit que cela était bon. […] » (Genèse 1, 16-18)

 

Le grand et le petit luminaire avec les étoiles pour éclairer la terre

 

Ces concepts dits religieux sont en fait, les fondements de la connaissance mystique du Moyen Âge et nous pouvons affirmer sans hésitation que les concepts profonds de la connaissance kabbaliste qui fleurirent à cette époque, colorèrent nécessairement le Tarot.

 

Cette présentation qui se veut essentiellement anecdotique ne serait pas complète si l'on ne soulignait pas que le Tarot appartient aussi et surtout à ce courant de pensée que fut l'amour courtois. Pour s'en convaincre, il suffit de rappeler que le Fin'amor, fleurit avec l'invention du chant lyrique des troubadours. Mais qui déclamait de château en château la poésie de ces troubadours, sinon les jongleurs ! Ces derniers existent depuis l'Antiquité, mais c'est justement au XIIe que leur profession devint noble et respectable. C'est la qualité de ceux qui savaient conter, parler et dire… Ils personnalisaient l'art de la parole ! Ils étaient effectivement les porte-parole de ces troubadours qui chantaient leur quête de la Dame. Pour un troubadour, trouver sa Dame, c'était trouver son Âme ! 

 

Le jongleur et la Dame

 

 

Ces jongleurs devinrent par la suite des bretteurs de foire, des bateleurs de places publiques. Mais cela n’enlève rien au fait que le Tarot raconte avec beaucoup de poésie comment atteindre son âme, grâce au gai savoir et au fol amour, tout comme Lancelot qui chercha l'amour de Guenièvre et fit tout pour en être digne ! Le Tarot est le livre de la quête de Soi.

 

En exprimant l'histoire, nous nous rapprochons encore plus de l'art divinatoire qui veut que tant qu'un arcane ne deviendra pas vivante devant les yeux du tarologue, elle ne pourra lui parler… Et comprendre le sens d'un arcane, c'est entrer en dialogue avec lui.

 

Nous avons dit que c'est durant cette époque que fleurit la kabbale et qu'effectivement le Tarot est structuré d'après la kabbale. Attention, cela ne signifie absolument pas que le Tarot est d'origine juive. Au Moyen Âge, les plus grands penseurs de l'époque l'utilisaient pour réfléchir sur Dieu et sur l'Univers. Vous ne serez donc pas surpris d'apprendre que sur son lit de mort, François 1er s'inquiétait de savoir si on lui avait trouvé un livre sur la kabbale ou encore que Gilles de Viterbe, ermite de Saint-Augustin écrivit sa Scechina, dédiée à Clément VII et à Charles Quint, pour leur exposer les mystères de la Kabbale.

 

 

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